Réf : Chantal interconvic                                                           Bruxelles, le 27 novembre 2003.

 

 

 

ETAT DES LIEUX DES PARTENAIRES DU DIALOGUE INTERRELIGIEUX A BRUXELLES.

 

Introduction : un intérêt manifeste.

 

L’intérêt qu’a suscité l’enquête relative à l’état des lieux précité est très agréablement surprenant. En effet, sur les 45 questionnaires envoyés les 17 et 18 juin 2003, 38 ont obtenu des réponses. C’est d’autant plus remarquable face à la contrainte d’une réaction pour le 25 juin 2003, voire pour le 30 juin 2003.

Sur base de ce seul constat, nous pouvons déjà tirer quelques enseignements intéressants.

En effet, une attitude aussi positive témoigne du degré élevé de militance de toutes ces associations au service de leurs objectifs qu’elles considèrent, avec justesse, fondamentaux. En outre, un tel comportement démontre à suffisance que le souci du dialogue est une valeur profondément ancrée dans le travail de tous les jours de ces partenaires. Plus lyriquement, disons qu’une foi aussi tenace en l’avènement d’un monde meilleur se construit de l’apport des différences notamment convictionnelles ; elle ne peut donc que leur faire surmonter les obstacles les plus difficiles pour réaliser ce paradis sur terre.

Enfin, ce succès vérifie, de manière plus pragmatique, notre hypothèse à la fois d’un désir de beaucoup d’une meilleure lisibilité de leur action, voire d’une reconnaissance, et aussi de la nécessité de mettre davantage en synergie les projets pour agir ensemble avec plus de cohérence et d’efficacité.

 

Procédons maintenant ensemble au dépouillement de cette enquête et esquissons-en quelques commentaires.

 

1. Identification des associations.

 

Nous avons catégorisé les associations en les différenciant selon un triple critère :

-         appartenance confessionnelle

-         association de terrain de type « asbl »

-         association européenne de type « aisbl ».

Cette répartition reste cependant quelque peu théorique, car dans les faits, une association dite religieuse réalise aussi parfois une action internationale ou de terrain, comme une association internationale ou de base a parfois une connotation religieuse. Néanmoins, la classification ainsi établie nous a aidés à mieux appréhender les missions que ces différentes organisations s’assignent.

Nous distinguons donc :

-         17 associations religieuses dont : 13 catholiques

         2 musulmanes

         1 protestante

         1 israélite

-         12 associations de base

-           9 associations internationales.

Notre panel de groupements paraît ainsi suffisamment large puisqu’à l’exception du culte orthodoxe, les principales religions pratiquées en Europe y sont représentées, de même que les organisations locales et internationales y  prennent un place importante et quasi équivalente. Toutefois, il faut relever qu’il n’y a qu’un seul groupement laïc qui a participé à cette enquête

 

2.1. Evaluation quantitative par type d’activités.

 

Les activités peuvent recouvrir de multiples facettes telles que :

-         accueil, rencontres, W-E de réflexion, … : 21

-         conférences, expos, colloques : 16

-         publications, bibliothèques : 5

-         parcours interreligieux, visites guidées : 3

-         formation, cours : 7

On observera d’emblée que certaines associations cumulent plusieurs types d’activités.

 

Si quelques organisations pratiquent l’accueil de première ligne qui se transforment souvent en groupes de rencontres, un grand nombre d’associations se sont surtout spécialisées dans la mise en place de structures collectives de dialogue dans lesquelles les individus s’expriment et s’écoutent.

De telles réunions participatives  semblent prendre résolument le pas sur des initiatives moins personnalisées, plus institutionnalisées, telles que des échanges d’idées dans un débat public lors de conférences ou de colloques.

On remarquera que le partage dans la prière n’est cité qu’à trois reprises, ce qui n’est pas tellement surprenant s’il s’agit de promouvoir un dialogue interreligieux ou interconvictionnel. Par contre, l’émergence de nouveaux comportements d’ouverture et de fraternité interconvictionnelle se manifeste, certes de manière encore réduite, à travers l’organisation de parcours interreligieux, sous la forme de visites de lieux de cultes.

Si l’information utile se développe grâce aux possibilités de consultation de livres dans une bibliothèque et à la diffusion de publications, la formation, quant à elle, tient un rôle non négligeable dans l’appréhension nécessaire de la culture de l’autre.

 

2.2. Motivations des initiatives.

 

Les motivations des initiatives prises peuvent être regroupées en trois grandes catégories :

-         la compréhension et la rencontre de l’autre dans sa différence convictionnelle : 18

-         l’établissement et le développement de relations avec une communauté spécifique (juive, musulmane, chrétienne) : 5

-         la nécessité d’une formation : 7.

 

Le moteur de l’action des différentes associations consiste à favoriser la compréhension et la rencontre de l’ « étranger », d’informer l’autochtone sur l’histoire et la culture de l’autre, à apprendre aux gens à vivre harmonieusement dans une société multiculturelle, de rechercher ce qui unit, ce qui est vecteur de paix, de faire sourdre une âme plurielle de l’Europe, du monde. L’ouverture d’une formation au plus grand nombre participe notamment à cette volonté d’établir une intercommunication positive à l’échelon international.

 

3. Partenaires de dialogue.

 

L’on remarque que les partenaires des uns sont souvent ceux des autres associations qui ont répondu au même questionnaire. Certes, en fonction de la spécificité de l’action menée, les interlocuteurs sont plus particulièrement ciblés.

Il ne faut cependant pas en tirer comme conclusion que ces associations travaillent en vase clos, mais qu’au contraire elles se serrent ensemble les coudes pour s’adresser de la manière la plus cohérente et la plus efficace possible à un public potentiel plus élargi.

 

4. Les obstacles.

 

Les obstacles peuvent être analysés en trois axes :

1)      les conditions financières et matérielles, incluant les ressources humaines

2)      les freins psychologiques et sociologiques au niveau du terrain, en ce compris les  retombées des événements de la scène politique internationale

3)      les problèmes de reconnaissance institutionnelles, ainsi que les conflits d’expression dans l’espace public entre identité laïque et identités religieuses.

 

Premier axe : 11 associations sur 22 évoquent des difficultés de financement pour mettre sur pied leurs projets, pour payer le personnel permanent, ce qui fait que les initiatives relèvent souvent du bénévolat conjugué à la précarité des moyens.

Les demandes concernent tant les locaux de réunions, d’activités, de conférences ou les moyens de communication et de diffusion d’informations (revue, site web) que le manque de personnes exprimé en termes de compétences ou de bonnes volontés.

 

Deuxième axe : 8 associations sur 22 déplorent les mentalités et les comportements de terrain, à savoir :

-         les préjugés, les blocages par rapport à tout ce qui est inhabituel, à l’ « étrangeté » de l’étranger (autres cultures ou autres religions, surtout l’islam),

-         la peur chez les personnes des différentes religions de perdre leur identité dans la rencontre, plutôt que d’y voir un enrichissement,

-         le manque d’intérêt, de curiosité pour les rencontres entre enseignants et familles, entre familles chrétiennes et musulmanes ou autres,

-         l’obstacle linguistique qui handicape la communication pour certaines personnes ne maîtrisant pas le français,

-         la méconnaissance de l’autre, source de préjugés (surtout envers l’Islam) et la présence de stéréotypes tant chez des juifs, des chrétiens que des musulmans, y compris chez nombre d’enseignants peu enclins à accepter une population scolaire à majorité musulmane,

-         les dérapages par amalgame avec le conflit israélo-palestinien, entraînant la résurgence de l’antisémitisme sous le couvert de l’antisionisme.

 

Les associations veulent dépasser le constat des différences et approfondir le dialogue au niveau des valeurs communes. Il s’agit en fait de vivre le dialogue dans le partage du quotidien et la solidarité de tous les jours.

D’ailleurs, certaines communautés religieuses confirment que «  les contacts et le réseau mis en place sur plus de quinze ans, basé sur l’amitié et la reconnaissance mutuelle, permettent de dépasser la plupart des obstacles ».

Et une association de base, comme le M.R.A.X., leur fait écho, quand elle exprime le souci de pallier ces difficultés en constituant « un réseau de gens susceptibles d’effectuer ce travail de parole publique à travers leur participation à de très nombreux débats et rencontres ».

 

Troisième axe : 3 associations relèvent un obstacle, d’ordre plus institutionnel, qui concerne plutôt le dialogue au niveau européen et qui s’exprime en deux points de vue contradictoires, selon la partition laïque ou religieuse.   

Ainsi, la Fédération Humaniste Européenne regrette que «  le manque de soutien des institutions officielles préférant travailler avec les hiérarchies religieuses qui ne se préoccupent que de la liberté religieuse ». Par contre , l’URI (United Religions Initiative), travaillant au niveau local, mais pourrait-on dire « inter-local », dans une visée de coopération religieuse globale, regrette «  une méfiance à l’égard de l’expression des convictions religieuses dans l’espace public ».

 

 

CONCLUSIONS

 

Il nous revient maintenant de rechercher ensemble comment les autorités publiques peuvent aider les associations à développer ce dialogue interconvictionnel.

Toutefois, les premières n’ont pas à se substituer aux initiatives privées à caractère solidaire des secondes, en application du principe de subsidiarité. Dans le cas présent, c’est d’autant plus vrai que nous nous situons dans le champ sensible des convictions dans lequel un politicien trop zélé idéologiquement pourrait susciter des lieux de tensions  plutôt que de rencontres.

Néanmoins, le pouvoir politique en place a le devoir de soutenir toutes les entreprises qui oeuvrent au développement d’un climat de compréhension et de confiance entre les différentes communautés d’obédience religieuse ou convictionnelle.

A cet égard, la commune bénéficie de sa position de proximité privilégiée de laquelle se déduit son devoir d’encourager les actions locales et de suggérer certaines coordinations et synergies au travers d’aides qui lui seraient alloués par d’autres niveaux de pouvoirs. En effet, la commune n’a ni les moyens financiers nécessaires, ni la dimension politique suffisante pour promouvoir un large plan  de déploiement du dialogue interconvictionnel à l’échelle régionale.

Plus concrètement, c’est à l’autorité régionale d’élaborer la plate-forme politique d’un tel projet, de le financer directement pour les organisations dont la sphère d’activités dépasse le cadre communal et de confier, par le biais de subsides, aux différents échevins des cultes la dynamisation des initiatives du terrain.  

L’indispensable connivence ainsi créée entre les acteurs publics et privés permettra de rencontrer des objectifs aussi élevés. Il y va d’ailleurs de la responsabilité à la fois citoyenne et publique de construire à Bruxelles une société multiconvictionnelle, de bâtir ensemble « Bruxelles Espérance ».