Bruxelles, le 2 décembre 2003

Salle du Conseil de l’Hôtel de Ville

Présentation des résultats de l’enquête et contexte dans lequel cela s’est fait.

Depuis plusieurs années, notre travail à la WCRP (Conférence Mondiale des Religions pour la Paix) ainsi que les deux rencontres interreligieuses de « Veillées Lumières pour la Paix » lors de l’éclatement de la guerre en Irak, nous ont fait voir la nécessité d’établir des liens plus étroits encore entre tous ceux qui sont engagés dans le dialogue au service de la Paix. Faire connaissance pour mieux se connaître, se comprendre, agir ensemble sur le terrain, et le cas échéant avoir une réponse plus rapide en concertation, face aux événements de l’actualité.

En oeuvrant ensemble, nous pouvons avoir une plus grande visibilité et donc un impact plus grand et, sur les médias, et par voies de conséquence sur le message adressé à nos jeunes. Sans quoi, notre silence pourrait cautionner les actes de violence commis sur le plan local ou international.

Nous avons été heureux de constater que, non seulement, nos aspirations trouvaient écho auprès de la ville de Bruxelles mais que nos actions s’orientaient dans le même sens, nous poussant à unir nos forces.

Ensemble, nous avons conçu un questionnaire afin de présenter à la rencontre internationale de Graz de juillet 2003. une première ébauche de ce qui se vivait sur le territoire bruxellois. (Voir lettre d’accompagnement)

Conjointement, la WCRP organisait son l’Assemblée européenne, et Graz, Capitale Culturelle de l’Europe pour 2003 une rencontre interreligieuse.

Graz a été la première capitale à affronter directement les questions posées par la convivence multiculturelle et multi religieuse dans les villes d’Europe. Au lieu de limiter les convictions religieuses à la sphère privée, cette rencontre mettait en lumière l’apport de chaque entité pour une « commun living » c-à-d. une vie harmonieuse entre tous les citoyens de la cité.

Le résultat du dépouillement a été présenté à Graz, lors du travail de deux jours en commission dont l’intitulé était : « Interfaith councils and cooperation in cities.”

Comment la coopération interreligieuse et interconvictionnelle peut-elle être institutionalisée ?
(“ How can interfaith cooperation be institutionalized? )

Quels sont les objectifs que l’on poursuit localement, en agissant ainsi? (Which local issues can be promoted by doing so?…)……

Coordonné par David Rayer de Londres ;

A côté de belles expériences présentées telles

- Inner Cities Religious Council in Great Britain

- The Nothern Ireland Forum

- Leicester Coucil of Faith

notre travail avait le mérite de présenter la réalité du terrain sous un jour nouveau. Plus qu’un inventaire, il tentait de donner un aperçu des différents types d’activité, des difficultés, des demandes…

Sur les 45 questionnaires envoyés les 17 et 18 juin 2003, nous avons reçu 38 réponses, malgré la contrainte de la date du 25 juin.

Il est incontestable qu'une réaction aussi rapide dans un timing si court est un premier indicateur très encourageant. Ce succès vérifie notre hypothèse à la fois d'un désir de beaucoup d'une meilleure visibilité de leur action voire d'une reconnaissance, et aussi de la nécessité de mettre davantage en synergie les projets pour permettre d'agir ensemble avec plus de cohérence et d'efficacité.

Il faut surtout souligner deux indicateurs précieux , confirmant l'émergence de nouveaux comportements d'ouverture et de fraternité interconvictionnelle :

- des initiatives de partage de prière : qui avaient émergé depuis les années 1970 dans les forums et autres multiples rencontres religieuses oecuméniques internationales pour la paix, mais qui tendent à descendre au plan des diverses composantes de la société civile, voire dans la rue (syndrome du 11 septembre 2001 à New York) manifestant la conscience d'une urgence de s'unir pour la paix, en réaction à l'actualité locale, nationale ou internationale.

Exemples d'initiatives :

*Rencontres des religions pour la paix : jeudi 24 janvier 2002, Place de la Monnaie.

A l'invitation de l'Eglise catholique de Bruxelles, , avec l'appui du Cardinal Danneels et le soutien de l'Echevine des cultes de la Ville de Bruxelles, différentes Eglises et religions présentes à Bruxelles sont venues poser un geste de paix.

*Nous croyons que le dialogue peut l'emporter sur la violence. Ensemble témoignons de la fraternité universelle! : Veillée de lumières pour la Paix, organisée par la WCRP-Belgique le 23 mars suivie d'une seconde le 30 mars 2003.(situation de l'Irak).

Avec la participation de représentants du bouddhisme, du christianisme, de l'islam, du judaïsme, et de personnes d'autres convictions.

*Dans Vivre ensemble, son rapport d'activités 2002, le M.R.AX ( Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie) évoque, je cite, "les retombées du conflit israélo-palestinien en Belgique (qui) suscitent de nombreuses initiatives positives visant "au rapprochement entre communautés"

(pour lesquelles) notre présidente, comme certains permanents, sont très régulièrement sollicités."(page 35)

- Des parcours interreligieux (visites de lieux de culte) au niveau local manifestant une volonté de rencontrer l'Autre dans sa différence culturelle/cultuelle à travers ses normes et ses rites religieux., de passer de la promiscuité indifférente ou intolérante à la proximité valorisée.

On peut reconnaître la trame thématique commune, et l'accord sur une symbolique de paix et d'unité dans le titre des initiatives engagées ici ou là dans la Cité.

Exemples d'initiatives :

- Ensemble construisons des ponts : Juifs, chrétiens, musulmans, agnostiques,… Dessine-moi un avenir . Journée de rencontre-fête : 23 mars 2003

- Chez toi, chez moi . Parcours interreligieux : dimanche 18 mai 2003

- Un seul Dieu, plusieurs cultes . Projet portes ouvertes, comité interreligieux quartiers Nord : chaque mois du dimanche 9 février 2003 au dimanche 10 janvier 2004, fête de clôture.

- Viens visiter ma maison. Mercredi 14 mai 2003, initiative de l'Echevine des Cultes de la Ville de Bruxelles.

- Ensemble à l'école , oser espérer. Vendredi 18 mai 2003 sur l'enseignement de la religion catholique dans des classes à forte proportion musulmane.

Les obstacles peuvent être analysés en trois axes

1) Premier axe Conditions financières et matérielles, incluant les ressources humaines.

12 associations sur 34 évoquent des difficultés de financement pour mettre sur pied leurs projets, pour payer le personnel permanent, ce qui fait que les initiatives relèvent souvent du bénévolat conjugué à la précarité de moyens.

Les demandes : elles concernent tant les locaux de réunions, d'activités, de conférences, ou les moyens de communication et de diffusion d'informations (revue, site web) que le manque de personnes, exprimé en termes de compétences ou de bonnes volontés.

2) Deuxième axe Freins psychologiques et sociologiques au niveau du terrain, retombées des évènements de la scène politique internationale.

:13 associations sur 35 évoquent les mentalités et les comportements du terrain à savoir :

- les préjugés, les blocages par rapport à tout ce qui est inhabituel, à l'"étrangeté" de l'étranger,(autres cultures ou autres religions, surtout l'islam), ,

- la peur chez les personnes des différentes religions de perdre leur identité dans la rencontre, plutôt que d'y voir un enrichissement),

- le manque d'intérêt, de curiosité pour les rencontres entre enseignants et familles, interfamilles chrétiennes et musulmanes ou autres,

- l'obstacle linguistique handicap à la communication pour certaines personnes ne maîtrisant pas le français

- la méconnaissance de l'autre, source des préjugés (surtout envers l'islam), la présence de stéréotypes tant chez des juifs, des chrétiens que des musulmans, y compris chez nombre d'enseignants peu enclins à accepter une population scolaire à majorité musulmane,

- les dérapages par amalgame avec le conflit israélo-palestinien, entraînant la résurgence de l'antisémitisme sous le couvert de l'antisionisme,

Mais au-delà de ces obstacles pointant les conditions de possibilité du dialogue à partir des différences reconnues et respectées, se dessine une demande.

Les demandes :

Expriment le désir d'aller plus loin dans le dialogue que le constat des différences, pour l'approfondir au niveau des valeurs communes, ou d'une rencontre plus en profondeur. Il s'agit au fond de vivre le dialogue en vivant ensemble.

D'ailleurs certaines communautés religieuses confirment que, je cite, " les contacts et le réseau mis en place sur plus de quinze ans, basé sur l'amitié et la reconnaissance mutuelle, permettent de dépasser la plupart des obstacles."

Et une association de base comme le MRAX, leur fait écho quand il exprime le besoin pour pallier, je cite, " le manque de personnes et de temps, de constituer un réseau de gens susceptibles et désireux de faire ce travail de "parole publique" avec nous, dans la participation à de très nombreux débats et rencontres".

3) Troisième axe : Problèmes de reconnaissance institutionnelle, conflits d'expression dans l'espace public entre identité laïque et identités religieuses.

L'enjeu de ce "dialogue" est "un vouloir commun que le politique n'est pas seul à pouvoir assumer et assurer comme tel."je cite un extrait d'un Colloque du Conseil de l'Europe sur L'identité européenne

Dès lors la seule question valable pour celui qui veut construire l'Europe, est de savoir quelle contribution spécifique la religion est susceptible d'apporter à la cause de l'unité, et donc à celle de l'unification des peuples européens

Y.I.