Louvain (Belgique) - 9 -10 Novembre 2004
Colloque organisé par
Conseil européen des Responsables religieux pour la Paix

Déclaration relative à la situation présente au Kosovo


Les frustrations et l'insatisfaction qui grandissent au sein des deux communautés serbe et albanaise du Kosovo ont été clairement perçues lors de la réunion du Conseil européen des Responsables religieux/Religions pour la Paix (European Council of Religious Leaders - ECRL.) qui s'est tenue à Louvain (Belgique) du 7 au 10 novembre 20041. Les responsables religieux de l'Europe du Sud-Est étaient présents ainsi que des représentants des institutions politiques de l'Europe et des personnalités européennes invitées

Au terme de discussions approfondies, franches et fructueuses, l'ECRL est parvenu aux conclusions suivantes :

La communauté internationale a été prise au dépourvu par la violence à caractère ethnique qui, en mars 2004, a fait de nombreuses victimes et causé la destruction de maisons et de sites religieux. Elle n'avait pas compris l'intensité des frustrations de la population, et elle avait manqué à son devoir de défendre les droits de la minorité. Une grave absence de progrès économique, un manque de direction politique claire et la pression exercée sur le groupe minoritaire ont contribué à cette situation.

L'ECRL reconnaît les souffrances passées de la population albanaise et les souffrances présentes de la population serbe. Le fait que seulement un petit nombre de réfugiés serbes et de réfugiés d'autres communautés non albanaises aient pu revenir continue d'être pour le Conseil un sujet de grave préoccupation. Pour que soient créés le climat et toutes autres conditions nécessaires au retour des réfugiés et des personnes déplacées, il est essentiel que les Eglises et les groupes religieux, les communautés locales et les instituions internationales s'acquittent tous de leurs responsabilités.

L'ECRL réclame respect et protection de tous les droits humains, conformément aux principes démocratiques et au droit international, y compris les droits fondamentaux à la vie, à la liberté de se déplacer, à la justice, à la propriété, à l'emploi et à la dignité humaine.

L'ECRL note avec satisfaction les initiatives prises par la communauté internationale représentée par la Mission des Nations unies au Kosovo (UNMIK), par l'UNESCO, par le Conseil de l'Europe et à travers les Institutions provisoires de Gouvernement autonome (PISG) en vue de préparer la restauration des sites culturels et religieux endommagés en mars 2004 au Kosovo. Tout en comprenant la nécessité dedéfinir le cadre de cette reconstruction, nous regrettons la longueur de ce processus qui a fait que rien n'a encore été réalisé sur le terrain. La frustration qui en résulte au sein de la communauté serbe est compréhensible, mais nous demandons que se rétablisse immédiatement la coopération entre toutes les parties et les communautés intéressées.

Les sites religieux sont des lieux de paix dotés d'un caractère symbolique sans équivalent pour le passé, le présent et l'avenir de chaque communauté de croyants et de la société tout entière. Reconstruire les sites islamiques et chrétiens qui ont été détruits par la guerre, la violence et la haine au cours des années récentes donnerait l'espoir au Kosovo d'un avenir commun dans lequel les minorités seraient bien accueillies et leurs droits protégés.

Le Kosovo a un besoin profond d'efforts interreligieux concrets manifestant un engagement pour la réconciliation. Pour y parvenir, l'ECRL recommande que soit immédiatement redonné vie à la Commission de travail du Conseil interreligieux du Kosovo au niveau local et régional avec la participation de représentants des Eglises et de la communauté musulmane afin d'identifier et de discuter des questions d'intérêt commun.

Les membres de l'ECRL appellent les responsables religieux du Kosovo à reconnaître et à affirmer notre responsabilité partagée devant Dieu et devant nos frères et sours de toutes les communautés. Nous sommes tous conscients de l'obligation morale que nous avons de travailler ensemble à l'établissement d'un nouveau climat de dialogue, de confiance mutuelle et de coopération sincère