Séance inaugurale:

Le Président Barroso affirme par sa présence sa conviction intime pour le rôle essentiel que joue la cullture pour la cohésion de l'Europe. Il ajoute que la Culture est pour la vie ce que le sel est pour la nourriture. En référence à la convension de l'UNESO, il insiste sur l'effort constant à fournir pour renforcer par l'émotion, le sentiment d'appartenance à l'Europe et rappelle la responsabilité de l'Europe vis-à vis des pays qui l'entourent . Il conclut en souhaitant une meilleure combinaison entre la parole et l'émotion de la beauté artistique

Le Commissiare Jan Figel, ayant dans ses attributions l'éducation -la culture-la citoyenneté-le sport met l'accent sur l'importance de partager des expériences positives. Il faut opérer dans le monde de l'Art et de la Culture un discours qui force à plus de tolérance et de curiosité. Il faut un équilibre entre le rationel et l'émotionel. Il note 3 issues: - l'Art qui offre un espace de dialogue et qui a un impacte sur la ville (cf Progr. 2000 BXLBRAVO )- Les villes à traves l'éducaion- l'interculturel. Il ajoute la nécessité d'un nouveau programme "citoyen" stimulant la création de sens, mettant l'accent sur le le l'honneté ...;

L'écrivian, le professeur Malek Chebel aborde les 3 vocations d'une ville:
1.- lieu de la transaction culturelle des biens matériels, immatériels, de l'esprit, spirituels
2.- lieu du désir : envie de vivre( = la libido) identificatin du désir, désir positif en se retrouvant dans le regard de l'autre
3.-lieu du dépassement de soi, effort pour mériter d'être dans la ville, répondre en co-responsable , en transaction.
Il faut établir des transactions possitves, au niveau politique, comme au niveau de l'homme. La ville doit être au service de l'homme. Il faut une altérité pour l'homme, le citoyen, l'étranger; (un village sans étranger est un village mort)
En conclusion: il parle de la vocation anthropologique d'une ville; c'est un lieu de civilisation de l'homme.

Malek Chebel, Bernard Foccoulle et
Nicolaus van de Pas, Directeur Général de la DG Education et Culture- coordonnateur et modérateur qui dit " il faut des murs tellement fins qu'ils permettent la transparence".

Bernard Foccroulle, directeur du TRM introduit Jan Goossens, directeur du KVS.Celui-ci retrace l'évolution du KVS à partir de son déménagement pour cause de transformtion. Modification du public, du répertoir à provoqué une ouverture qui s'est focalisée sur la communication. Deux spectacles: Stoemp et Gembloux ( les tirailleurs = maghrébins enrolés à nos côtés en 44-45) illustrent à merveille cette ouverture au bicommunautaire ainsi que l'apport des communautés immigrées

Une intervention artistique par Le trio Arbat nous introduit dans la culture des Roms.(appelé vulgairement :
bohémiens, tsiganes gitans) Leur langue est le romanes- proche du sanscrit, qui a donc traversé 3000 ans et a
donné naissance à toutes nos langues européennes.

Faouzi Skaki, directeur général du festival des musiques sacrées de Fès qui fêtera sa XIe édition du 3 au 11 juin 2005 et Fédéric Lenoir Directeur du "Le Monde des religions"

Il a conçu ce festival car pour lui, il y a dialogue entre la culture et le sacré. Par "sacré" on entend ce qui sépare du profane, qui est inviolable, qui est digne de vénération. Il est le saint des saint de l'Identité culturelle, le trésor.

On trouve au coeur de tout homme, la volonté d'élévation, de transcendance, de sacré; il est un legs historique de la culture. Le sacré est un élément essentiel de la Culture.
Dès que le sacré s'intitutionnalise, il devient religion. On peut trouver entre les religions une saine comptétition. Quand la culture se déploie, il peut apparaître des conflits de valeurs, des conflits idéologiques. .Quels moyens pour dépasser ces conflits situés sur le plan international, ou d'une ville. Il peut y avoir tentation de communautariser, de repli sur soi, d'enfermement , de rejet de l'autre.
Il faut une diplomatie interculturelle! Il ne faut pas parler de multiculturalité, juxtaposition de différentes cultures mais bien d'interculturalité, qui signifie échange, partage, connaissance de l'autre à partir d'une expérience commune qui donne naissance à un imaginaire commun, qui permet de créer des références, des symboles; on se reconnait dans l'autre et dans l'image que l'autre nous donne et cela nous enrichit. Il y a donc volonté d'une expérience commune, volonté d'approfondir ensemble l'expérience de l'interculturalité. A travers l'échange, le partage commun des musiques sacrées, on trouve un patrimoine humain fédérateur. Partager les beautés intérieures de chaque culture, religion, tradition, à travers son témoignage permet de se construit au-delà des mots qu'on peut vivre l'expérience du ce partage. Une âme pour la mondialisation dans un contexte vécu avec bonheur.

Pour Faouzi Skaki, il y a necessité de faire travailler ensemble Culture et Politique ( comme l'aveugle et le paralytique qui ont besoin l'un de l'autre) Ensemble ils peuvent apporter du sens au monde. Ils doivent se mettre en action avec des projets plutôt qu'avec des mots.On peut parler d'une démocratie des cultures qui assure la régularisation, le partage, l'interaction et la création commune.
Il faut séparer le sacré de la religion. Le sacré, c'est ce qui fait naître la lumière, (R. Otto?) une émotion du vivant, ce qui le dépasse, Quelque soit sa culture, tout homme est sensible à une beauté, il éprouve de l'émotion devant quelque chose qui le dépasse, devant la grandeur de l'univers, de l'effroi devant les forces destructrices de la nature; c'est une donnée anthropologique. Le sacré domestiqué donne naissance à la religion. Tous ce qui nous rassemble, c'est à dire l'expression du sacré, est au-dela des différentes formes de religions.
D'ailleurs, le mot religion qui signifie étimologiquement reliance, a deux dimensions: une verticalité, reliance au sacré, à la transcendance, à ce qui nous dépasse, au recueillement, à la contemplation, qui invite au dépassement, qui divinise une présence...; l'autre dans l'axe horizontal signifie lien social, une politique qui nous rassemble. Dans notre monde, il ne faut pas se voiler la face, il y a souvent confrontations, conflits de cultures. L'action des religieux peut pousser au conflit. Les religions deviennent alors facteurs de guerres. Il est facile aux politiques de les utiliser comme facteurs de conflit.et de mobiliser les religions pour entrer en guerre.Il y a deux antidotes: la raison: on peut se réunir... le sacré dans le sens fondamental, on se comprend par le coeur, l'émotion. On peut retrouver une dimension commune, une émotion commune, reconnue, acceptée. Se sentant reconnu, on est ouvert à la culture de l'autre, ouvert à l'écoute. Notre partage devient humain, plein d'identification à ce qui est différent. On peut parler de "gouvernance inteculturelle"
Nous devons construire des mythes qui nous rassemblent, trouver des élément symboliques qui nous rassemblent.
Le sacré-le mythes- les symboles sont différents des religions:
Le sacré, c-à-d la valeur ultime pour laquelle on est prêt à donner sa vie, est de l'ordre de la transcendance, c'est ce qui assemble au-delà de la diversité..
La raison aussi peut jouer un rôle puisqu'elle nous fait sortir de notre subjectivité...
La dimension imaginative nous permet de rêver. Il faut donc réhabilliter l'imaginaire .
Se trouver dans une foule, en communion émotionnelle ressemble!
L'homme a un besoin individuel et collectif de partage d'émotion et d'amour.


Constantin Von Barloewen Né en 1952 à Buenos Aires, Constantin Von Barloewen a grandi en Amérique Latine et en Europe. Il a été professeur à Harvard, Princeton puis à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales, à Paris. Il a occupé de 1993 à 1996 une chaire d’anthropologie et de sciences culturelles comparées à l’université de Karlsruhe. Directeur de plusieurs projets internationaux pour la Direction générale de la communauté européenne, des fondations Thyssen et Willy-Brandt, il milite dans ses textes et dans son action pour le dialogue des cultures, des religions. Son ouvrage Anthropologie de la mondialisation est un manifeste éloge de la diversiténous parle de

Culture-Identité culturelle- Mondialisation- Relations internationales

Cette intervention m'a fortement interpellée. J'ai pu compléter mes notes avec ce que j'ai trouvé sur le site:http://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/BARLOEWEN/15771


Depuis la fin du conflit Est-Ouest, on assiste d’un côté à la globalisation de la communication et des finances, de l’autre à une fragmentation et à une balkanisation politiques à travers les conflits qui éclatent dans le monde entier. On peut presque parler d’une « ethnicisation » des relations politiques et économiques internationales. Les Etats nationaux perdent encore de leur souveraineté en raison de la virtualisation de l’économie mondiale, qui semble ne plus avoir de point d’ancrage. Carl Friedrich von Weizsäcker a pu parler d’une « politique intérieure mondiale ».



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Cette dernière tourne de plus en plus autour d’un problème d’Archimède : la relation avec l’autre, les rapports entre la représentation de soi et de l’autre. Les identités modernes deviennent plus éclatées et, en fin de compte, plus disparates. De plus en plus souvent, les conflits mondiaux éclatent pour des raisons culturelles et religieuses, l’antagonisme Est/Ouest ne déterminant plus les identités. La globalisation culturelle s’insère désormais dans le contexte contradictoire des Etats-nations d’une part et des processus économiques, politiques, technologiques, supranationaux d’autre part. En fait, homogénéisation et différenciation vont de pair. Mais quelle forme prend la convergence de la tradition culturelle et de l’innovation technologique ?

Les grands acteurs occidentaux de la politique et de l’économie internationales exercent de fortes pressions sur le reste du monde pour imposer la modernisation telle qu’ils l’entendent. Or les sociétés et les cultures qui subissent celles-ci entrent en conflit avec elles-mêmes. Sont particulièrement visées les cultures de l’islam comme celles traditionnelles du Caucase, les cultures anciennes d’Afrique, celles de certains pays d’Amérique latine ou d’Asie. Nous sommes témoins d’un conflit politique et économique virulent sur la nature de l’ordre et de l’identité publics. La révolte contre la modernité occidentale et l’instrumentalisation politique du concept d’identité aboutissent à des conflits fondamentalistes, comme en Algérie ou en Afghanistan, au Soudan, en Inde ou au Pakistan. Les tendances fondamentalistes sont essentiellement antimodernes. Toutefois, la prise de conscience des différences culturelles peut aussi aboutir à la revendication d’un dialogue interculturel comme base de tout nouvel ordre politique. Tout est désormais hors contrôle.

Comment le monde pourra-t-il s’adapter à cette multiplication d’identités ? Pour l’heure, au lieu d’aboutir à une « unification culturelle », la globalisation a eu pour effet une standardisation technique, une uniformisation sans véritable unité. La culture actuelle n’est plus la culture d’un lieu, mais la culture d’un moment.

La profonde crise structurelle des pays en voie de développement montre à quel point la transition vers la modernité est douloureuse. Nous vivons le temps de la politisation des différences culturelles comme forme extrême des tendances fondamentalistes. La conscience de sa culture se transforme en tremplin des antagonismes politiques, avec la recherche individuelle exacerbée de l’identité, dans laquelle les mouvements les plus radicaux prennent le dessus. La civilisation mondiale a perdu le pôle de l’universalité cohérente, remplacé par la multitude des universalités en lutte pour l’hégémonie.

Les crises économiques de ces dernières années - particulièrement celles de 1997 et de 1998 en Asie, au Brésil et en Russie - n’ont conduit à aucune autocritique sérieuse des joueurs en Bourse du globe, pas plus qu’à une profonde remise en question du système. Une chose devient cependant évidente : le libéralisme de l’économie mondiale ne peut plus être considéré comme dogme infaillible. Il ne peut plus être transposé dans tous les systèmes économiques du monde sans connaître l’histoire culturelle et religieuse de chaque pays. Les valeurs culturelles prennent soudain une importance primordiale pour les flux des capitaux internationaux. De façon réaliste, on devrait en conclure que tous les facteurs déterminants pour l’économie et la politique doivent être pris en compte dans le calcul des facteurs de risque et la mise au point des stratégies de sécurité - et donc la culture et la religion. Il est actuellement question de mettre au point un système d’avertissement, et l’ex-président allemand Roman Herzog a même parlé d’un « impératif politique sécuritaire ».

Nous devons donc nous poser la question élémentaire : pourquoi tel développement est-il possible en Europe ou en Amérique du Nord, alors qu’il est impossible au Kenya, en Arabie saoudite ou au Brésil ? Pour y répondre, il faut comprendre tous les facteurs qui contribuent au développement de l’Etat et de son économie sous une forme holistique (1). Les analyses financières s’en ressentiront. Sous-estimée jusqu’à présent par la Realpolitik, l’histoire culturelle s’avère indispensable pour comprendre les véritables logiques de la pensée et de l’action d’une société et de son économie - le mouvement interne. Il est étonnant et dangereux à la fois que les spéculateurs du globe tirent si peu de leçons des crises. Au lieu de changer les structures du système et de prendre en considération les facteurs culturels et religieux, on n’a fait que des arrangements de façade.

Pourquoi faut-il changer de paradigmes en observant la politique et l’économie ? Quels éclaircissements nous apporte la prise en compte de la dimension culturelle et anthropologique de l’économie et de la politique ? La vie humaine a ceci de particulier qu’elle se manifeste sous une extraordinaire diversité de formes. En anthropologie, il est convenu d’appeler « culture » cette diversité de modes de vie.

Réussir une politique économique de développement à long terme suppose de saisir les paramètres culturels dominants et d’en déduire des « éléments de planification » opérationnels. Les décideurs politiques et économiques constatent de plus en plus souvent que des projets techniquement « corrects » de la politique de développement ne remplissent pas tous leurs objectifs ou sont inefficaces. Seules les analyses ciblées de l’environnement culturel peuvent assurer le succès d’un projet de développement économique. Il s’agit de comprendre les différentes cultures à travers les valeurs qui leur sont propres. Les experts économiques doivent considérer que toute réalité est aussi une réalité culturelle telle qu’elle s’exprime dans les pensées et les actes, y compris les actions économiques. En Russie, les économistes occidentaux ont dû constater, après des années d’implantation de l’économie de marché capitaliste, que le pays n’était pas prêt à recevoir cette thérapie de choc, en raison notamment du poids des traditions endogènes. Il existe une relation de cause à effet entre la culture et le niveau de développement économique.

Si l’économie résulte des traditions culturelles et religieuses, il ne peut y avoir de rationalité universelle. Cela vaut aussi des analyses en termes de « risques par pays » et des décisions d’investissements. D’où l’apport de l’anthropologie. Pourquoi le taux d’épargne est-il de 50 % à Singapour et seulement de 9 % à Mexico ? Quelle est l’influence de la tradition asiatique-confucéenne par rapport à la culture catholique ? Les logiques de la pensée et de l’action sont spécifiques de l’espace et du temps. Pour être en mesure de prévoir les risques pour des investissements internationaux, il serait souhaitable de disposer d’un atlas géoculturel.

De l’orientation d’une culture vers la contemplation ou au contraire vers l’action dépendront sa capacité d’invention, son goût d’entreprendre et d’investir ou ses capacités technologiques. Il est décisif de savoir si la technologie est compatible avec la culture et la religion, si les nouvelles technologies doivent être introduites en Amérique latine imprégnée d’une forte culture transcendantale depuis la scolastique catholique du XVIe siècle avec son éthique du travail, en Inde avec sa croyance en la réincarnation qui a des répercussions sur l’organisation du travail, au Japon avec sa tradition du shintoïsme et son principe du consensus dans la prise de décision, ou dans la culture nord-américaine calviniste avec son héritage puritain du « destin manifeste », à savoir la réussite matérielle ici-bas et la récompense dans l’au-delà.

C’est que l’histoire de la pensée reflète le système des valeurs d’une culture qui influe sur l’ensemble de la société. Chaque système économique a un « capital culturel » qui lui est propre. Une politique de développement est plus qu’un simple transfert de technologies. L’application des critères des sociétés industrielles dans les pays émergents conduit souvent à des erreurs. Il s’agit de tenir compte de facteurs culturels primordiaux : les structures religieuses, la représentation de Dieu, les mythes, le culte des ancêtres en Afrique (du Nigeria jusqu’à Madagascar), le rapport de l’homme à la nature, au surnaturel et à la mort, l’attitude envers l’environnement comme condition pour un comportement écologique, le rapport au temps, au sol et à la propriété, la reconnaissance de l’autorité et du pouvoir, l’aspiration au gain, à la croissance et à la performance, l’attitude envers tout ce qui est nouveau, le sens du futur, la capacité de former des élites, les modes de prise de décisions.

Dangereuse uniformisation
La culture est autre chose que du folklore ou de l’ornementation, elle représente une force décisive pour le développement. La technologie n’étant pas neutre, elle doit s’adapter pour empêcher la destruction de l’identité culturelle, voire de l’institution étatique. L’homogénéisation technique finit par standardiser et uniformiser tous les domaines de la vie et menace la diversité des cultures, qui sont le résultat d’une histoire.

A l’occasion du cent cinquantième anniversaire du Royal Anthropological Institute de Londres, l’anthropologue britannique Ernest Gellner a dit très justement : « Là où les politologues et les économistes n’avancent pas dans leur analyse, les anthropologues sont appelés à trouver les réponses aux problèmes urgents. Cela suppose évidemment que l’anthropologie assume l’étude de l’humanité dans son ensemble, et pas seulement celle des "autres cultures". »

Le niveau actuel de nos connaissances nous permet de comprendre l’être humain comme résultat d’une évolution à la fois génétique et culturelle faisant apparaître un paradoxe : si la culture résulte de l’action humaine, il est tout aussi vrai que l’action humaine résulte de la culture ; si les gènes conditionnent les capacités mentales de l’homme, celles-ci canalisent ses acquisitions culturelles. L’histoire culturelle de l’être humain telle qu’elle s’exprime à travers les comportements symboliques comme le langage, la capacité d’invention technique et l’échange de relations entre communautés, remonte à 20 000 ou 25 000 ans, lorsque le paléolithique supérieur se consolidait. Ce fut une époque de diffusion accélérée, d’inventions rapides et de grandes performances artistiques, où le facteur culturel a renforcé à son tour l’évolution purement génétique.

Une leçon s’impose avant tout pour le XXIe siècle : les alliances politiques et les coopérations économiques doivent être précédées d’un dialogue entre les cultures et les religions. Cette recommandation en vue d’assurer la paix a déjà été faite par des analystes prévoyants comme Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss ou encore l’économiste Amartya Sen (2). Cela s’avère plus difficile que jamais. L’Occident doit y participer, car le droit de décision ne peut plus être délégué à un seul Etat.

Ainsi, le dialogue interculturel, ou mieux intraculturel, devient le problème existentiel de la future Realpolitik. Il est indispensable de repenser la relation au sein de l’univers multiple des cultures. Un équilibre fondé uniquement sur la stratégie militaire ne suffira pas pour garantir une paix durable. Il faut aussi un désarmement des cultures. Au cours de sa longue histoire d’évolution, l’être humain n’est pas seulement devenu partie intégrante d’un Etat : il appartient avant tout à une culture et à une religion. C’est là que se trouve la clé pour toute solution pérenne de polylogie des cultures.

Une chose paraît claire : la globalisation économique et matérielle ne conduit nullement à l’union pacifique de l’humanité, comme on a voulu nous le faire croire, mais plutôt à une uniformisation dangereuse. Nous devons changer de direction. L’universalité d’une culture ne s’exprime pas à travers sa revendication d’absolu, mais à travers son ouverture sur le monde. Ma propre culture est toujours confrontée à celle des autres, l’autre étant aussi moi-même.

La représentation simultanée de toutes les cultures et des Etats du monde à laquelle nous assistons est un phénomène inédit dans l’histoire de l’humanité, dont il faut tenir compte dans l’ordre mondial. La civilisation mondiale du XXIe siècle ne doit pas avoir un caractère dogmatique, mais aspirer au dialogue. Elle ne doit pas être centralisatrice, mais interculturelle, dans tous les domaines de la vie.

En fin de compte se pose la question de la relation entre l’unité et la diversité au sein de la civilisation planétaire future. Les Nations unies ne comptent pas seulement plus de 180 Etats, mais aussi et surtout plusieurs milliers de traditions culturelles et religieuses. L’internationalisme de l’économie mondiale ne peut avoir du succès à long terme qu’à condition que nous affrontions l’histoire dans le contexte de cette « instantanéité absolue » qui ne se concentre plus sur un lieu, mais sur un temps qui nous dévore tous.

Le siècle montrera si nous sommes à la hauteur de cette tâche politique, et si nous pouvons traduire en actes l’idée que la spécificité d’une culture ne peut s’épanouir que dans la rencontre avec d’autres cultures. Nous verrons peut-être les prémices d’une interculturalité, garantie de paix et de la survie de l’homme. Ni la rencontre entre cultures et religions ni la relation entre technologie et culture ne sont des phénomènes nouveaux. Mais dans la civilisation mondiale du XXIe siècle, ils s’imposent comme une urgence politique dans chaque partie du globe géostratégiquement importante.

L’histoire de l’évolution s’ouvre sur une perspective d’avenir, car, derrière toutes les religions et toutes les cultures du monde, se cachent en fin de compte des éléments communs à tous les êtres humains.